Les enfants de la rue

Par oumar fall le 03/08/2016, 1 commentaire   Retour à la liste des contributions

...

Dans une précédente contribution postée ici et non encore publiée, j'avais saisi l'occasion du débat soulevé par la décision du gouvernement de retirer les enfants de la rue, pour en parler, mais surtout de ce qu'il est convenu d'appeler les talibés mendiants. 

Je m'engageais à raconter mon expérience d'ancien talibé et pourquoi je suis contre le système des dharas traditionnels.

Je suis issu d'une famille de maîtres coraniques de père en fils. Mes pères et grands-pères étaient allergiques à l'école française. A 6 ou 7 ans, comme mes frères, j'étais mis au dhara de mon père avec comme perspectives de devenir maître coranique et agriculteur ou commerçant, peut-être. Vers l'âge de 10 ans, j'observais mes camarades d'âge qui étaient à l'école française et je trouvais leur situation meilleure que la mienne sur tous les plans. Par exemple leurs livres étaient illustrés de belles images et de couleurs; on n'y racontait des histoires qu'ils comprenaient et qu'ils pouvaient traduire en notre langue. Je me rappelle encore l'histoire de "Oumé et le poussin... de Oumar baldé le berger peuhl... la famille Diawara..." Quant à moi, je mémorisais des pages entières d'un texte dont je ne comprenais rien. Et s'il arrivait à nos maîtres de nous traduire ces versets, ils nous parlaient de morts ressuscités, vivant dans des jardins de merveilles ou enchaînés et jetés au feu...!

Aux élèves, on parlait de la vie et aux talibés, de la mort. Les élèves voulaient devenir des maîtres, des fonctionnaires ou docteurs, les talibés rêvaient de devenir imams ou maîtres coraniques. C'est là que date ma décision de rompre la chaîne d'enseignants coraniques de père en fils en m'instruisant, coûte que coûte, à l'école française.

Vers l'âge de 13, 14 ans, profitant de l'état vieillissant de mon père, j'obtenais l'autorisation d'aller apprendre un métier. Je pris celui qui m'était le plus proche, tailleur ! C'est aussi le début de mon initiation au français grâce à mes camarades élèves. Je n'arrêterais plus et comme j'étais assez intelligent, je progressais rapidement.

A 18 ans, j'entrais dans l'armée, à la stupéfaction de ma famille. J'y ai poursuivi mes études jusqu'au CEP (CFEE actuel), obtenu en tant que candidat libre; et puis, quelques années plus tard, le BEPC (BFEM) et ensuite, le Baccalauréat, série "A" d'office, avec mention Assez-bien. Cape sur le DUEL 1 et 2, qui m'ouvrit la porte de l'école des officiers et l'accès à "l'épaulette". 

Aujourd'hui retraité, je suis revenu dans mon quartier où un de mes condisciples de dhara est imam titulaire et moi, je suis son naaïbe. 

Vous devinez bien qu'aucun de mes enfants n'a mis les pieds dans un dhara traditionnel. Ils ont pu faire leurs études supérieurs et, même s'ils ne sont pas des érudits en Coran, ils en connaissent suffisamment pour faire leurs cinq prières ainsi que les autres obligations du musulman ordinaire.

Que dire des arguments avancés par les défenseurs du système des dharas traditionnels?

Selon eux, la souffrance et l'humiliation sont des conditions nécessaires à l'acquisition de la science islamique. Non ! Le monde connaît de grands érudits qui ne sont jamais passés par là.

Que la mendicité forge le caractère et cultive l'humilité. Elle développe plutôt le sentiment d'infériorité et installe le misérabilisme dans la tête des enfants. Des spécialistes l'ont développé mieux que moi, du restes.

Que la formation morale s'acquière dans les dharas. Les personnes de haute moralité se rencontrent autant parmi les sortants des dharas que parmi ceux qui n'y ont jamais mis les pieds. Les voyous aussi se retrouvent autant dans les deux groupes. L'actualité des tribunaux l'illustre parfaitement.

On nous cite aussi souvent l'exemple de hautes figures de l'islam ou des fortunes issues des dharas. Ils sont combien rapportés aux nombre de déperditions ?

Je maintiens donc que si les dharas sont utiles pour l'enseignement religieux, ils n'en constituent pas la seule alternative, et les dharas traditionnels constituent le plus mauvais système. Ceux qui défendent ce système, ne défendent en réalité qu'une cause, la leur.   

Oumar FALL retraité

oumarqatabfall@yahoo.fr

 Ministres

 Actualités

 L'œil du citoyen

Les origines de l’hécatombe aux examens 2017

On nous a toujours appris que la connaissance s'acquiert suivant un processus de cumul de notions, de concepts divers que nous cherchons à capitaliser et mettre en pratique dans notre existence sous deux  formes de savoir : Le savoir être et le savoir faire. Le savoir …

le 21/08/2017

Les enfants de la rue

Dans une précédente contribution postée ici et non encore publiée, j'avais saisi l'occasion du débat soulevé par la décision du gouvernement de retirer les enfants de la rue, pour en parler, mais surtout de ce qu'il est convenu …

le 03/08/2016, 1 commentaire

Les enfants de la rue

J'ai beaucoup hésité avant de me décider à écrire cette contribution. Et cela pour beaucoup de raisons. Je n'en parlerai pas pour ne pas être trop long.  Le sujet ici me tient particulièrement à coeur et c'est ce qui …

le 29/07/2016
Liens utiles

Notre partenaire