L'emergence et l'emploi des jeunes:l'artisanat,une alternative.

Par AMADOU MOUSTAPHA SARR le 19/02/2016   Retour à la liste des contributions

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L’émergence et l’emploi des jeunes : l’Artisanat, une alternative.

L’émergence ne saurait être seulement le résultat d’une pérégrination de l’esprit encore moins le fruit d’une quelconque panacée politicienne, mais bien au contraire d’une praxis accompagnée de projets et programmes concrets devant concourir à soulager la souffrance des Sénégalais mais encore et surtout d’améliorer leurs conditions de vie. Cette ambition leitmotiv du gouvernement  devrait logiquement nous amener à nous interroger sur le type de comportement standard que devrait  adopter l’ « homosenegalensis » pour faire face aux défis du développement qui nous interpellent .Travailler, encore travailler et toujours travailler avait-on l’habitude de dire , mais aujourd’hui le président Macky SALL  invite les Sénégalais à parler moins et à travailler plus et mieux pour mériter leurs salaires afin que l’émergence , loin d’être un concept creux , se traduise véritablement dans le vécu de chaque Sénégalais.

le Sénégal est un peuple de génie qui force le respect du monde entier pour le dynamisme et la maturité de sa classe politique qui a su montrer à l’opinion internationale que la Démocratie n’est pas seulement l’apanage des occidentaux . Mais le Sénégalais reste aussi caractérisé par son gout prononcé de la discussion et du débat de grand ‘place qui le distrait parfois des choses sérieuses (Serigne Abdou Aziz Sy dans un de ses sermons fustigeait d’ailleurs cette habitude très particulière des sénégalais).

A vrai dire, nous devons saluer la vision du Président Macky Sall qui , à l’entame de sa magistrature a invité les citoyens à un sursaut individuel en prônant des valeurs  qui fondent nos croyances religieuses de droiture, à travers la gouvernance vertueuse et la transparence, de partage et de solidarité avec la Couverture maladie universelle( CMU) et les bourses familiales mais aussi de reddition des comptes avec la traque des biens mal acquis ,sans oublier bien entendu la poursuite des projets entamés par son prédécesseur, autant d’innovations dans la gestion des politiques publiques qui portent le cachet d’un homme imbu de valeurs républicaines .

Deux ans  après son accession à la magistrature suprême, hasard heureux ou signe du destin,  le passage de notre pays au groupe consultatif de Paris avec une moisson de projets de développement annonce des lendemains meilleurs .Avec le financement et l’accompagnement acquis des partenaires au développement  (contrairement à certaines assertions à l’allure de propagande)  l’ambition du Président Macky Sall  est de tourner la page de la Pauvreté pour enfin engranger des taux de croissance satisfaisants afin de juguler les problèmes de l’emploi et du développement du Pays en général.

Ces financements obtenus dans le cadre du PSE signifient bien sûr  que le Sénégal présente un environnement politique et social stable avec une démocratie qui fait la fierté de l’Afrique, adossés à une architecture institutionnelle solide ce qui, absolument nous oblige à travailler d’avantage et mieux pour mériter ce satisfecit.

Naturellement, la situation économique reste aujourd’hui assez difficile pour les sénégalais  qui subissent les contrecoups de l’assainissement de la gestion des finances publiques (ce que tout économiste honnête doit reconnaitre) combiné avec un environnement économique  international caractérisé par la crise financière avec la chute vertigineuse des cours du pétrole et dont l’impact est la réduction des flux financiers de nos compatriotes émigrés en direction de leurs parents restés au pays. Cette situation est donc temporaire et naturellement surmontable grâce surtout au génie inventif sénégalais mais également au stoïcisme légendaire qui l’a toujours caractérisé .J’aimerai à ce propos invoquer l’adage wolof qui dit « si la soif te pousse à boire la mousse, honte à toi lorsque l’eau potable est abondante »[1] .

Oui, le PSE prend bien en compte le Yoonu Yokkuté et poursuit l’objectif de création d’emplois et de richesses pour les populations surtout jeunes mais cette vocation de fournir des emplois est du ressort du secteur privé qui  doit être le moteur de la croissance et l’Etat s’attèle naturellement à offrir un climat des affaires favorable à l’émergence. Nous devons reconnaitre aujourd’hui qu’il y’a une institutionnalisation de la bonne gouvernance financière et un assainissement des finances publiques, ce qui bien entendu suppose des arbitrages budgétaires comme par exemple la résorption du déficit de la dette publique ou le règlement définitif de la question de l’énergie, donc des financements publics destinés à régler des urgences que le régime précédent n’avait pas résolues et qui autrement auraient permis de financer d’avantage de programmes pour résorber le chômage des jeunes.

Au Sénégal nous avons des niches d’emplois inexplorées ou du moins très peu explorées comme par exemple l’artisanat qui constitue sans nul doute un créneau sur lequel veut s’appuyer le Président Macky Sall pour booster la capacité du Sénégal à procurer ces emplois promis aux jeunes. Il faut noter d’ailleurs pour s’en féliciter que c’est avec le Président Macky Sall que l’on note véritablement une prise en compte sérieuse du secteur à travers plusieurs directives en conseil des Ministres ,ce qui démontre une volonté affichée qui doit se traduire par des propositions d’actions et de programmes hardis au niveau opérationnel .L’organisation pour la première fois d’une journée nationale de l’artisanat le 22 Décembre 2014 à Ngaye Meckhe , fort symbolique d’ailleurs compte tenu de ce que représente Ngaye Méckhe avec son fameux label du « DALLU NGAYE »,montre à plus d’un titre cet intérêt marqué pour ce secteur. En proposant d’ouvrir la commande publique aux entreprises artisanales  par exemple, le Gouvernement lance là un signal fort pour créer un environnement ou les jeunes citadins et ruraux pourront avoir des emplois salariés et décents dans des métiers[2] aussi divers que variés. En effet il est statistiquement établi depuis le recensement artisanal de 1992 qu’en moyenne, les entreprises artisanales(ou pour parler plus prosaïquement les ateliers de quartiers) fonctionnent avec un effectif de 05 personnes au minimum (Patrons et apprentis confondus). Ainsi , en mettant en place un dispositif institutionnel intégrant les structures d’encadrement de l’artisanat ( DA , APDA ,ANAMO ) d’une part et les structures  de financement ( FONGIP , BNDE et les SFD..) d’autre part ,le Sénégal pourrait disposer d’un système d’encadrement et de financement de l’artisanat harmonisé et innovant appuyé par l’APIX , L’ADEPME et l’ASEPEX devant déboucher sur la création de plusieurs milliers d’unités de productions artisanales ( UPA ) sur toute l’étendue du territoire national. Il s’y ajoute d’ailleurs, que notre pays exploite très peu les possibilités offertes par l’AGOA( African Growfh Opportunity Act ) pour booster certaines filières artisanales . L’intégration de l’apprentissage qui est en phase d’expérimentation avec  le projet d’appui au développement et à l’intégration de l’apprentissage ( PADIA )aura alors permis de former des milliers de jeunes dans le cadre d’un système de formation par alternance ,consolidé par l’existence de Centres de formation et de perfectionnement artisanale(CPFA)couvrant l’étendue du territoire national  pour accompagner ce dispositif ( Nous nous félicitons d’ailleurs de la décision du Chef de l’Etat de  réhabiliter les CPAR ). L’exemple de   l’Allemagne demeure très instructif car elle est  l’un des rares pays Européens à être épargné par la crise économique qui a ébranlé l’Europe en 2008  et mis presque à genou des pays comme la Grèce et le Portugal, et ce salut , elle le doit certes  à un secteur industriel remarquable mais soutenu par un système de formation (Dual) qui repose essentiellement sur le secteur de l’artisanat organisé autour des Lander .A titre illustratif, la Chambre de métiers de Coblence compte à elle seule 18 500 entreprises  artisanales ( 80 000 au Sénégal )  employant près de 145 000 salariés et 11 000 apprentis pour un chiffre d’affaires de 14 Milliards d’Euro[3] .

Nous devons accepter que l’artisanat figure parmi les rares secteurs capables de générer des emplois à grande échelle et ceci combiné avec la particularité d’auto former ses acteurs avec un taux d’employabilité très élevée sans  engendrer des couts insoutenables par le budget de l’Etat.il  s’y ajoute que l’artisanat peut aider le Sénégal à booster ses exportations et contrecarrer la concurrence des produits d’importations «  bas de gamme » qui inondent  aujourd’hui notre marché sans oublier les conséquences ( maintes fois décriée par les artisans) néfastes sur certaines filières comme la Menuiserie et l’ameublement, la Bijouterie , la Cou ture, la cordonnerie etc.

L’acte III de la décentralisation doit à mon sens marquer le repositionnement de l’artisanat qui à coup sûr sera un facteur essentiel pour la prise en charge des nouvelles vocations des collectivités locales qui vont émerger. Ce  dispositif intégré autour des organisations professionnelles d’artisans (OPA)  et l’UNCM  en plus de favoriser la création massive d’emplois, participera à une meilleure crédibilisation et un renforcement des Chambres de Métiers qui gagneront donc à redynamiser les antennes départementales qui sont dans la plupart des régions presque inexistantes ou peu présentes .Les Chambres de métiers pourront ainsi devenir des instruments beaucoup plus opérationnels et visibles exclusivement orientés vers la satisfaction des besoins des artisans qui sont évidemment leur raison d’être ;a ce titre ,il devient plus qu’urgent de mener la reforme des chambres de Métiers( aussi bien dans le fonctionnement que le mode de choix des dirigeants ) et ceci à la lecture des faibles taux d’affiliation des artisans auprès des structures consulaires montrant le peu d’attractivité que ces dernières exercent .

Avec l’élaboration d’une stratégie nationale de développement de l’artisanat(SNDA) qui inclura des ressources additionnelles pour le secteur de l’artisanat, nous sommes convaincus que l’objectif de création de 500 000 emplois  reste réalisable sans oublier bien entendu les emplois massifs qui seront créés dans le secteur de l’agriculture, de la Pèche et du secteur informel.

Le plan Sénégal émergent est donc un plan fédérateur et opérationnel qui concrétise la stratégie nationale de développement économique et social ( SNDES ) 2013-2018 qui porte la marque du Président Macky Sall selon  le principe sacro-saint de la Continuité de l’Etat  pour avoir une croissance inclusive et durable se traduisant par une création massive d’emplois et de revenus .cette perspective radieuse qui pointe à l’horizon doit naturellement se matérialiser par un changement de paradigme comportemental pour invoquer chez le Sénégalais des attitudes positives et vertueuses gages de succès car l’enjeu est véritablement grandiose mais reste réalisable si tout le monde s’y met.*


Lexique :

ANAMO : Agence Nationale de la Maison de l’outil

ASEPEX : Agence Sénégalais de promotion des Exportations

ADPME : Agence pour le Développement des PME

APDA : Agence pour la Promotion et le Développement de l’Artisanat

BNDE : Banque Nationale de Développement Economique

DA : Direction de l’Artisanat

FONGIP : Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires

SFD : Système de Financement Décentralisé

UNCM : Union nationale des Chambres de Métiers

CPAR : Centre de Perfectionnement des Artisans Ruraux.

 Amadou Moustapha SARR

  Médiateur Pédagogique,  Directeur du CPAR de TIVAOUANE Consultant et Administrateur de GARAP.

                                                               Email : amadoumoustaphasarr@yahoo.fr



[1] « Bu la marr taxe nan potit bu ndox bawaane nga russ »

[2] l’arrété N° 6300 MCA/DA du 09 Septembre  1999 modifiant l’arrêté 5550 du 10 Octobre 1992 fixant et classifiant les activités artisanales.

[3] L’Allemagne compte 54 Chambres de Métiers 

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